Ce jour-là c’était la fin. J’étais restée sur le centre du 4 au 25 juillet, deux séjours d’affilée. D’autres animateurs avaient également fait les deux séjours, forcément à être tous ensemble toute la journée les amitiés se créent vite. (Les tensions aussi auraient pu se créer vite, mais heureusement on a fait sans !)
Je l’ai dit tout au long de la journée « j’aime pas les départs ». On est tous là tout tristes, les enfants pleurent entre eux et nous en tant qu’anim tentons de garder une contenance même si ça fait mal aussi de se dire que tout ce petit monde, on ne le reverra jamais. Toute l’ambiance installée au cours du séjour se défait alors que chacun rentre chez soi.
On avait déjà laissé environ une bonne moitié du groupe au centre, leurs parents venant les chercher directement. Rien que là, voir les bouts de choux venir vous dire « au revoir » deux fois et les entendre pleurer tout bas dans vos bras, ça m’a vraiment touché.
Arrivés à Nantes, on traîne devant la gare, on s’écrit des mots, on discute l’air de rien, tachant de ne pas penser au départ. Pour ma part, je devais raccompagner deux jeunes à Lyon avec Sophie, une autre anim. Je savais donc que c’était les derniers moments que je passais avec tout le monde et était vraiment déçue de ne pas pouvoir les accompagner jusqu’à Paris.
Puis le temps presse, l’heure avance vite, on se précipite sur le quai, le temps de rejoindre la voiture censée correspondre, mais les places sont dans deux voitures différentes et pas moyen de s’arranger pour caser le groupe dans une seule. 10 minutes avant le départ la moitié des enfants est encore sur le quai avec leurs valises. Je monte donner un coup de main pour leurs bagages. Un calin vite fait à gauche, un bisou à droite, alors qu’on avait du temps avant, là on se dit « au revoir » à l’arrache.
« Marie-Astrid, faut que tu sortes le train va partir », je me précipite vers la porte. Et les anims alors, eux aussi repartent à Paris, eux non plus je ne les verrais plus. On s’embrasse vite mais le temps presse, même pas le temps de prendre le temps.
Et voila, je descends sur le quai, c’est fini.
De dehors, on se fait des coucous à travers la vitre tandis que les anims à bord du train font leur possible pour trouver une place à tout le monde.
Le départ du train est imminent, je cours vers l’autre voiture où se trouve Marie-Noëlle. Marie-Noëlle était sur le centre depuis le début, comme moi. On partageait la même chambre, on inventait des déguisements à la con, on partageait le sacro-saint café chaque midi et chaque soir, on s’est très bien entendue. « Ca craint » je me dis, un départ précipité comme ça. Elle à l’intérieur en train de caser les bagages, moi sur le quai ne pouvant pas monter sous peine d’être bloquée dans le train; entre nous deux les gens qui bataillent pour monter, on s’échange quelques mots vite fait.
Et puis c’est l’heure. La porte se ferme. Ils s’en vont. On se fait signe de la main mais la fatigue des derniers jours, la tristesse de la journée, le coup du départ, je craque. Je me mets à pleurer bêtement en regardant à travers la vitre du train.
« Bah allez, faut pas pleurer, me dit un gars à côté, ce n’est qu’un au revoir ».
« Bah non justement, je lui réponds, après ça on se revoit plus » ; « connard » j’ai failli ajouter.
Alors le train est parti, alors à moitié en pleurs mais tentant de me calmer, j’ai retrouvé Sophie restée à la hauteur de l’autre voiture et on s’est prises dans les bras l’une de l’autre. Notre train étant dans une heure, elle est retournée s’asseoir sur le banc avec les deux qu’on ramenait à Lyon. Et moi je suis restée là, debout sur ce quai vide de la gare de Nantes, à regarder ce foutu train s’éloigner. Jusqu’au bout.